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Le journal · 12 octobre 2026 · 8 min

Santé mentale au travail : ce que la loi demande, ce que les premiers secours apportent

L’obligation de sécurité de l’employeur couvre la santé mentale depuis 2002, au même titre que la santé physique. Les affections psychiques sont la catégorie de maladies professionnelles qui progresse le plus vite. Entre ces deux faits, une question que peu de dirigeants savent traiter : que faire, concrètement, quand un collègue va mal.

Un salarié qui, depuis quelques semaines, arrive en retard, s’isole, se trompe sur des tâches qu’il maîtrisait. Un collègue qui pleure dans les vestiaires. Un conducteur qui dit, en passant, qu’il ne sait plus à quoi ça sert. Dans la plupart des entreprises, ces signaux sont vus, et personne ne sait quoi en faire. On n’ose pas, on ne veut pas être intrusif, on se dit que ça passera. Parfois ça passe. Parfois ça finit en arrêt long, en démission, ou pire. Le code du travail, lui, ne distingue pas : la santé mentale des salariés relève de l’employeur au même titre que leur dos ou leurs mains.

+ 9 %
de maladies professionnelles hors tableaux reconnues en 2024, principalement des affections psychiques
2002
année où la loi a inscrit la santé mentale dans l’obligation de sécurité de l’employeur
14 h
de formation pour devenir secouriste en santé mentale

Source : rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie - Risques professionnels ; code du travail, art. L. 4121-1 ; PSSM France

Ce que dit la loi, en une phrase

L’article L. 4121-1 du code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Les mots « et mentale » ont été ajoutés par la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. Depuis, l’obligation est la même pour les deux : des actions de prévention, des actions d’information et de formation, une organisation et des moyens adaptés. Les risques psychosociaux, surcharge, isolement, conflits, violence, doivent figurer dans le document unique d’évaluation des risques comme n’importe quel autre risque, avec les mesures prévues pour les réduire.

Ce que la loi ne dit pas, c’est comment un employeur de quinze salariés, qui n’est ni psychologue ni médecin, est censé s’y prendre. C’est là que les chiffres deviennent utiles, parce qu’ils disent où est le problème.

Ce que disent les chiffres

Le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie - Risques professionnels relève une hausse de 6,7 % des maladies professionnelles reconnues, et, au sein de celles-ci, une progression de 9 % des maladies reconnues hors tableaux, dont l’essentiel sont des affections psychiques : dépressions, troubles anxieux, états de stress post-traumatique liés au travail. C’est la catégorie qui croît le plus vite, et celle dont les arrêts sont les plus longs. La même année, le gouvernement a fait de la santé mentale la grande cause nationale, un label qui a été prolongé en 2026.

Derrière ces reconnaissances, il y a les cas qui ne sont jamais déclarés, parce que le salarié ne fait pas le lien, parce que l’entreprise ne le voit pas, ou parce que personne n’a su engager la conversation à temps. C’est ce dernier point qu’une formation peut changer.

Prévenir les risques psychosociaux : les trois niveaux, et qui les porte
NiveauCe que c’estExemplesQui le porte
PrimaireAgir sur les causes dans l’organisation du travailCharge de travail, horaires, autonomie, clarté des rôles, reconnaissanceLa direction, avec le document unique et le CSE lorsqu’il existe
SecondaireDonner aux personnes les moyens de repérer et de réagirFormation des managers, secouristes en santé mentale, procédures d’alerteLes encadrants et les salariés formés
TertiairePrendre en charge les personnes en difficultéService de prévention et de santé au travail, psychologue, médecin, lignes d’écouteLes professionnels de santé, vers lesquels l’entreprise oriente

Ce qu’est un secouriste en santé mentale

Le programme des premiers secours en santé mentale a été lancé en Australie en 2000 et est porté en France, depuis 2018, par l’association PSSM France. Son principe est celui du secourisme physique : on ne forme pas des soignants, on forme des personnes capables de repérer, d’approcher, d’apporter un premier soutien et d’orienter. La formation standard dure quatorze heures, en deux jours ou quatre demi-journées, pour des groupes de huit à seize participants, et ne peut être dispensée que par un formateur accrédité par PSSM France. Elle se conclut par une attestation de secouriste en santé mentale, sans limite de validité.

Le cœur du programme est un plan d’action en cinq temps, désigné par l’acronyme AERER : approcher la personne, évaluer et assister en cas de crise ; écouter activement et sans jugement ; réconforter et informer ; encourager à aller vers des professionnels ; renseigner sur les ressources disponibles. Les deux journées passent en revue la dépression, la crise suicidaire, les troubles anxieux, l’attaque de panique, le choc post-traumatique, les troubles psychotiques et les troubles liés aux substances, avec, pour chacun, ce que le secouriste peut faire et ce qu’il ne doit pas faire.

Qui former, dans une petite entreprise

Pas nécessairement le dirigeant. Un secouriste en santé mentale est utile parce qu’il est accessible, et un salarié se confie plus facilement à un pair qu’à la personne qui signe sa paie. Les entreprises qui s’y sont mises forment en général un manager de proximité et un ou deux salariés de terrain, choisis pour leur capacité d’écoute plutôt que pour leur fonction. Les élus du comité social et économique, lorsqu’il existe, sont des candidats naturels : ils reçoivent déjà les signaux.

Ce que cela coûte, et ce qui est financé

Deux jours de formation par participant, pendant le temps de travail, et le coût pédagogique de la session. Pour les entreprises de moins de cinquante salariés, la Subvention Formation de l’Assurance Maladie prend en charge 70 % du montant hors taxes de la PSSM en milieu de travail lorsqu’elle est dispensée par un formateur accrédité, sous réserve d’un document unique à jour, d’éligibilité et d’acceptation par la caisse, dans la limite de l’enveloppe. C’est l’une des rares formations de prévention des risques psychosociaux à bénéficier d’un financement direct.

Il faut dire ce que cette formation ne fait pas. Elle ne remplace pas une organisation du travail qui use les gens, et un secouriste ne soigne personne. Elle fait une chose, et elle la fait bien : elle donne à quelqu’un, dans l’entreprise, les mots pour s’approcher d’un collègue qui va mal, et le chemin pour l’amener vers ceux qui peuvent l’aider. Dans beaucoup de situations, c’est exactement ce qui manquait.

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