Un salarié qui, depuis quelques semaines, arrive en retard, s’isole, se trompe sur des tâches qu’il maîtrisait. Un collègue qui pleure dans les vestiaires. Un conducteur qui dit, en passant, qu’il ne sait plus à quoi ça sert. Dans la plupart des entreprises, ces signaux sont vus, et personne ne sait quoi en faire. On n’ose pas, on ne veut pas être intrusif, on se dit que ça passera. Parfois ça passe. Parfois ça finit en arrêt long, en démission, ou pire. Le code du travail, lui, ne distingue pas : la santé mentale des salariés relève de l’employeur au même titre que leur dos ou leurs mains.
Source : rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie - Risques professionnels ; code du travail, art. L. 4121-1 ; PSSM France
Ce que dit la loi, en une phrase
L’article L. 4121-1 du code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Les mots « et mentale » ont été ajoutés par la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002. Depuis, l’obligation est la même pour les deux : des actions de prévention, des actions d’information et de formation, une organisation et des moyens adaptés. Les risques psychosociaux, surcharge, isolement, conflits, violence, doivent figurer dans le document unique d’évaluation des risques comme n’importe quel autre risque, avec les mesures prévues pour les réduire.
Ce que la loi ne dit pas, c’est comment un employeur de quinze salariés, qui n’est ni psychologue ni médecin, est censé s’y prendre. C’est là que les chiffres deviennent utiles, parce qu’ils disent où est le problème.
Ce que disent les chiffres
Le rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie - Risques professionnels relève une hausse de 6,7 % des maladies professionnelles reconnues, et, au sein de celles-ci, une progression de 9 % des maladies reconnues hors tableaux, dont l’essentiel sont des affections psychiques : dépressions, troubles anxieux, états de stress post-traumatique liés au travail. C’est la catégorie qui croît le plus vite, et celle dont les arrêts sont les plus longs. La même année, le gouvernement a fait de la santé mentale la grande cause nationale, un label qui a été prolongé en 2026.
Derrière ces reconnaissances, il y a les cas qui ne sont jamais déclarés, parce que le salarié ne fait pas le lien, parce que l’entreprise ne le voit pas, ou parce que personne n’a su engager la conversation à temps. C’est ce dernier point qu’une formation peut changer.
| Niveau | Ce que c’est | Exemples | Qui le porte |
|---|---|---|---|
| Primaire | Agir sur les causes dans l’organisation du travail | Charge de travail, horaires, autonomie, clarté des rôles, reconnaissance | La direction, avec le document unique et le CSE lorsqu’il existe |
| Secondaire | Donner aux personnes les moyens de repérer et de réagir | Formation des managers, secouristes en santé mentale, procédures d’alerte | Les encadrants et les salariés formés |
| Tertiaire | Prendre en charge les personnes en difficulté | Service de prévention et de santé au travail, psychologue, médecin, lignes d’écoute | Les professionnels de santé, vers lesquels l’entreprise oriente |
Ce qu’est un secouriste en santé mentale
Le programme des premiers secours en santé mentale a été lancé en Australie en 2000 et est porté en France, depuis 2018, par l’association PSSM France. Son principe est celui du secourisme physique : on ne forme pas des soignants, on forme des personnes capables de repérer, d’approcher, d’apporter un premier soutien et d’orienter. La formation standard dure quatorze heures, en deux jours ou quatre demi-journées, pour des groupes de huit à seize participants, et ne peut être dispensée que par un formateur accrédité par PSSM France. Elle se conclut par une attestation de secouriste en santé mentale, sans limite de validité.
Le cœur du programme est un plan d’action en cinq temps, désigné par l’acronyme AERER : approcher la personne, évaluer et assister en cas de crise ; écouter activement et sans jugement ; réconforter et informer ; encourager à aller vers des professionnels ; renseigner sur les ressources disponibles. Les deux journées passent en revue la dépression, la crise suicidaire, les troubles anxieux, l’attaque de panique, le choc post-traumatique, les troubles psychotiques et les troubles liés aux substances, avec, pour chacun, ce que le secouriste peut faire et ce qu’il ne doit pas faire.
Qui former, dans une petite entreprise
Pas nécessairement le dirigeant. Un secouriste en santé mentale est utile parce qu’il est accessible, et un salarié se confie plus facilement à un pair qu’à la personne qui signe sa paie. Les entreprises qui s’y sont mises forment en général un manager de proximité et un ou deux salariés de terrain, choisis pour leur capacité d’écoute plutôt que pour leur fonction. Les élus du comité social et économique, lorsqu’il existe, sont des candidats naturels : ils reçoivent déjà les signaux.
Ce que cela coûte, et ce qui est financé
Deux jours de formation par participant, pendant le temps de travail, et le coût pédagogique de la session. Pour les entreprises de moins de cinquante salariés, la Subvention Formation de l’Assurance Maladie prend en charge 70 % du montant hors taxes de la PSSM en milieu de travail lorsqu’elle est dispensée par un formateur accrédité, sous réserve d’un document unique à jour, d’éligibilité et d’acceptation par la caisse, dans la limite de l’enveloppe. C’est l’une des rares formations de prévention des risques psychosociaux à bénéficier d’un financement direct.
Il faut dire ce que cette formation ne fait pas. Elle ne remplace pas une organisation du travail qui use les gens, et un secouriste ne soigne personne. Elle fait une chose, et elle la fait bien : elle donne à quelqu’un, dans l’entreprise, les mots pour s’approcher d’un collègue qui va mal, et le chemin pour l’amener vers ceux qui peuvent l’aider. Dans beaucoup de situations, c’est exactement ce qui manquait.
Où en êtes-vous, concrètement ?
Notre page financement chiffre votre projet en deux minutes, à partir de votre numéro SIRET : montant total, subvention potentielle et reste à votre charge. Et si vous préférez en parler, nous vous rappelons.
- Code du travail, article L. 4121-1 (santé physique et mentale)
- Assurance Maladie - Risques professionnels, rapport annuel 2024 (affections psychiques + 9 %)
- PSSM France, le projet
- PSSM France, la PSSM en milieu professionnel
- PSSM France, devenir secouriste
- Assurance Maladie, Subvention Formation (entreprises de moins de 50 salariés)
Textes et chiffres vérifiés à la date de publication. Notre méthode de vérification est décrite sur la page Sources et méthode.
